Lettre du Parti ouvrier indépendant aux militants ouvriers de toute l’Europe

Publié le par christian

Chers amis, chers camarades,
Un peu plus de quatre mois se sont écoulés depuis notre Conférence ouvrière européenne des 7 et 8 février 2009.
Quatre mois qui ont pleinement confirmé l’appel d’alarme que nous avions lancé, pour le combat commun, sur tout le continent, pour l’interdiction des licenciements et la rupture avec l’Union européenne.
Nous voudrions vous livrer ces quelques faits, que vous nous avez transmis ces dernières semaines.
Tout d’abord le véritable séisme du 7 juin, lors des élections au « Parlement européen », et qui ont vu, dans tous nos pays, s’exprimer le rejet de l’Union européenne et de ses institutions, par une abstention ouvrière et populaire massive.
Des camarades de Roumanie nous indiquent ainsi que si le taux d’abstention moyen dans le pays s’est élevé à 75%, il a été de 90% dans les quartiers ouvriers de Bucarest. Un phénomène commun à tous les pays – comme l’a notée, pour la France, la déclaration de notre parti, le POI, qui indique que «  le peuple travailleur n’a pas suivi ceux qui voulaient lui faire croire que cette élection pouvait constituer (combinée avec les journées d’action « saute-mouton ») une étape dans le combat qu’il aspire à mener en se rassemblant dans l’unité avec les organisations ouvrières contre le gouvernement. »
Des militants ouvriers de Hongrie nous signalent que – avec un taux d’abstention de 65% - les partis (Parti « socialiste » et Parti libéral) qui, au gouvernement, viennent de faire adopter par le parlement l’augmentation de l’âge de départ en retraite à 65 ans, ont été laminés par les électeurs. Des militants de Grande-Bretagne, d’Allemagne, du Portugal… nous ont signalé comment cette abstention ouvrière et populaire massive avait frappé en particulier les partis socialiste et de la social-démocratie : Labour party, SPD, PS portugais... et plus généralement, tous ceux qui ont prétendu possible de combattre pour une « Europe sociale » sans rompre avec cette « prison des peuples » qu’est l’Union européenne.
Ce séisme du 7 juin est l’expression, sur le plan électoral, de la résistance de la classe ouvrière et des peuples contre l’avalanche de licenciements et de mesures anti-ouvrières dictés par l’Union européenne.
Signalons, parmi de très nombreux autres éléments qui nous ont été rapportés :

- la manifestation, honteusement réprimée, des ouvriers des chantiers navals de Gdansk le 29 avril, contre le plan de la Commission européenne qui exige leur liquidation, dont la section du syndicat Solidarnosc de Gdansk nous a informés ;

- la manifestation de 2 millions et demi de travailleurs italiens, réunis à Rome le 4 avril avec la CGIL pour dire « blocage des licenciements en 2009 et 2010 » ;

- les grèves et manifestations en France les 29 janvier et 19 mars derniers qui ont vu plus de 3 millions de travailleurs faire grève et manifester à l’appel des Confédérations syndicales, en particulier contre les plans de licenciements, puis le refus des travailleurs de participer à des journées « saute-mouton », « décentralisées », dispersées… ;

- la véritable fronde, qui a suivi le vote du 7 juin en Grande-Bretagne, de 150 députés du Labour party, s’opposant à la volonté de Gordon Brown de transposer jusqu’au bout les directives européennes de privatisation de la poste. Fronde qui s’appuie sur les 4 millions de signatures d’une pétition contre la privatisation de la poste, et les centaines de motions syndicales allant dans ce sens ;

- la manifestation massive des syndicats de Lettonie, le 18 juin, contre les mesures d’austérité dictées par l’Union européenne et le FMI : baisse de 10 % des dépenses publiques, baisse de 20 % des salaires dans le secteur étatique et de 10 % des pensions et retraites à partir du 1er juillet ;

- le combat de sept mois des ouvriers de Pikalevo en Russie, qui viennent de contraindre le gouvernement Poutine à menacer de renationaliser leurs usines si celles-ci ne sont pas rouvertes. Cette mobilisation entraînant une vague de grèves s’inspirant de ce combat dans toute la Russie, et au-delà, comme le montre la grève de 1 000 ouvriers dans l’usine de Réparation de Wagon d’Alma-Ata au Kazakhstan, le comité syndical de l’usine revendiquant la « renationalisation » ;

- les dizaines de milliers d’étudiants allemands qui manifestent actuellement contre les conséquences du « processus de Bologne » de privatisation-destruction des universités, comme l’ont fait également les étudiants français ;

- ce que disent les paysans producteurs de lait qui ont manifesté le 22 juin à la Commission européenne, contre une politique qui les étrangle.

C’est dans ces conditions qu’un Conseil européen vient de se tenir les 18 et 19 juin. Qu’a-t-il décidé ?
Il a procédé à la réélection unanime à la tête de la Commission européenne de José Manuel Barroso. Cette décision – prise à l’unanimité, incluant donc le soutien des chefs d’Etat et de gouvernements membres de Partis socialistes ou sociaux-démocrates – provoque d’ores et déjà une crise alors que les dirigeants du Parti socialiste européen s’indignent de la «  hâte indécente avec laquelle les dirigeants européens tentent de faire passer Monsieur Barroso en force ».
Il a imposé un véritable déni de démocratie avec la convocation d’un nouveau référendum en Irlande sur le traité de Lisbonne, pour tenter d’annuler le vote « non » du peuple irlandais du 12 juin 2008. A ce propos, les militants irlandais présents à notre conférence nous informent que d’ores et déjà, leurs syndicats, Unite et TEEU appellent à voter « non ».
Il a réaffirmé son « ferme attachement à des finances publiques saines et au Pacte de stabilité et de croissance »… donnant en exemple les mesures honteuses de guerre sociale prises, sous l’impulsion directe de l’Union européenne, contre les travailleurs de Lettonie.
Ceci alors que des milliards – l’équivalent, selon le magazine financier The Economist, du Produit intérieur brut de l’Allemagne ! – ont été pillés dans les budgets publics, pour renflouer les spéculateurs. Milliards qui n’ont fait qu’alimenter la spéculation, les plans de licenciements et de fermetures d’usines qui menacent de dévastation l’ensemble du continent.

Chers amis, chers camarades,
Tout ceci ne confirme-t-il pas complètement le constat que nous faisions les 7 et 8 février, à savoir celui de « l’échec total (de l’Union européenne) à faire émerger la plus petite esquisse d’entité européenne harmonieuse, de n’avoir qu’une fonction : être un marché, coordonner - sous le titre pompeux « plan de relance » - les plans de pillage des fonds publics de chacune de nos nations, au service exclusif des capitalistes, des banquiers et des spéculateurs financiers, qui nous conduisent à la catastrophe. »
Et tout ceci ne nous ramène-t-il pas à la question majeure que nous posions : « Au nom de quoi les organisations que la classe ouvrière a construites pour sa défense, les syndicats, les partis, le mouvement ouvrier dans son ensemble devraient-ils accepter d’être contraints de se soumettre à ce diktat ? »
D’ores et déjà, les militants, délégués du Portugal, d’Espagne, de France, de Belgique, d’Allemagne, de Suisse, d’Italie, de Serbie, de Hongrie, de Moldavie, de Turquie et du Kazakhstan nous ont envoyé des informations sur le combat qu’ils ont engagé – sous des formes différentes – dans leur pays pour l’interdiction des licenciements.

Nous qui combattons pour la rupture avec l’Union européenne, pour l’union libre et fraternelle des peuples d’Europe, nous avons lancé il y a quatre mois un appel à tout le mouvement ouvrier pour l’unité sans condition pour l’interdiction des licenciements. N’y a-t-il pas plus que jamais urgence à nous réunir à nouveau pour tirer un premier bilan, poursuivre et élargir ce combat ? Nous vous soumettons ces réflexions.
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